A première vue, peu d’enjeux peuvent intéresser les Etats puissants en Mongolie, mais non seulement ces intérêts sont loin d’être insignifiants mais même très juteux. On peut les énumérer dans une liste très courte à savoir les exploitations des diverses mines du Désert de Gobi dont les produits sont à vendre à la Chine située à proximité immédiate et sa situation géographique stratégique entre les deux grandes puissances mondiales.

En effet, le cuivre, le charbon, l’or et les terres rares sont immensément abondants dans le sous-sol mongol qui en outre abrite 10% de la réserve mondiale du charbon. Certes l’acheteur quasi-unique des matières premières mongoles est la Chine qui a besoin d’énergie et des terres rares pour alimenter ses industries, mais cette dépendance d’un seul client rend la Mongolie très vulnérable.

Contrairement à ses confrères, Cet Etat qui illustre, un exemple d’une certaine démocratie réussie n’a ni des moyens financiers, ni des compétences technologiques pour exploiter ses mines et a besoin d’aides des entreprises. Mondialement déclarée LA plus grande mine de cuivre et d’or, le fameux Oyu tolgoi est convoité de près par les deux géants miniers Rio Tinto et Ivanoe Mines qui génèrent trop d’enjeux. L’Etat mongol a essayé d’exiger d’augmenter sa part, mais a été très vite remis en place par ces géants mondiaux habitués à gérer les ardeurs des petits Etats.

Conseillés et soutenus par des courtiers financiers internationaux, les investisseurs mondiaux ne restent pas les bras croisés en attendant le début d’exploitation d’Oyu Tolgoi et préfèrent de nombreuses petites mines aux alentours. Pourquoi ces investisseurs sont de plus en plus nombreux à s’en emparer et à contribuer directement à l’asséchement irrémédiable du plus grand désert de l’Asie du nord, le Désert de Gobi?

Les paranoïas mongols sont au beau fixe.

Les raisons sont multiples et l’enjeu est de taille.

En effet, le cout d’exploitation est bas, le gouvernement mongol corrompu et désuni est peu exigeant, l’acheteur se trouve à proximité immédiate et il y a de nombreuses autres opportunités ultérieures parallèles. Souvent décrié et considéré comme une énergie du passé, le charbon joue et jouera un rôle majeur dans le bouquet énergétique mondial.On se trouve ici néanmoins en présence d’un cas un peu surprenant de mon point de vue. Malgré l’annonce de la restriction à l’exportation des terres rares, la Chine qui prévoit son concept de développement pour au moins 20 ans voir plus, fait la sourde oreille face à la course de l’exploitation intense du Désert de Gobi qui asséchera la nappe phréatique dans un avenir très proche.

Certes, ils sont sous la pression des bras de fer engagé contre l’Union européenne, le Japon et les Etats Unis. Soit les industriels chinois veulent à tout prix prendre leur part à cette course internationale dont les gouvernements chinois et mongol n’ont plus aucun contrôle, soit la Chine n’entend plus ses spécialistes en écologie.

 Si le premier cas de figure se confirme, c’est que la Chine se méfie d’une part d’une possible réaction imprévisible du gouvernement mongol qui peut changer la donne et d’autre part, de la concurrence russo-nipponne-américaine semant un désordre à la situation actuelle confortable.

Quoi qu’il arrive, si la situation actuelle se maintient, sans être un militant écologique acharné, il est facile de constater que Pékin doit s’attendre à des tempêtes de sables sans précédent dans les prochaines années. A ce stade, de nombreuses plantations d’arbres encouragés et exigées par le gouvernement chinois ne lui seraient d’aucune utilité.

La deuxième attitude surprenante (mais pas étonnante) de la part de la Chine se traduit par l’achat massif et intensif du charbon mongol à l’état brut. Etant très riche en charbon elle-même, Pourquoi La Chine achète-t-elle autant de charbons en Mongolie au prix de plus en plus fort d’une année à l’autre depuis 10 ans ? Car les Chinois ne veulent pas voir en Mongolie des usines de traitement de charbon performant qui deviendraient un concurrent dans l’avenir et qui réduiraient la dépendance de la Mongolie vis-à-vis de la Chine. Leur politique marche à merveille, en effet, les oligarques mongols ne cherchent pas à développer des industries mais ils préfèrent l’exportation directe à l’état brut vers la Chine. Sauf que la Chine va arrêter son exportation massive dans trois ans en ne laissant en Mongolie que des paysages dénaturés et des dettes colossales.

Quant aux russes, les concurrences se sont présentées plus tardivement, mais à partir de juin 2005, soutenus par Poutine, les oligarques russes Mordachov et Vekselberg sont venus exiger leur part de Tavantolgoi (deuxième gisement mondial en Mongolie) auprès de l’autorité mongole. Cela coïncide avec la période où les industriels russes commencent à avoir de l’ambition mondiale et le désir du président russe qui veut voir la Russie renaître comme grande puissance. Depuis, les demandes russes se multiplient. Les russes avaient plus ou moins reconnus la position dominante des chinois mais à partir de 2006, ils veulent reconquérir la Mongolie, disciple fidèle perdu de vue depuis la fin de l’URSS.

Les russes avaient décidé d’effectuer la chasse en dehors des espaces déjà occupés, mais tout de même ils souhaitent trouver et s’emparer des dossiers clé qui seraient l’artère du futur de l’économie mongole comme l’uranium. En termes de force de frappe financière et de dynamisme, la Russie est loin d'égaler les ambitions de la Chine qui emploie en Mongolie des méthodes efficaces via ses innombrables acteurs.

Toutefois, même si la Russie est en tête dans l’exploitation et le traitement de l’uranium, sur ce terrain, par rapport aux autres puissances mondiales, le poids des acquisitions russes en Mongolie reste plus modeste, rapporté au contexte mongol.

La dépendance de la Mongolie par rapport à ses deux grands voisins ne lui donne pas le choix. La Mongolie importe 100% du carburant et 80% du blé de la Russie, elle vend aussi la majorité de son exportation à la Chine et tant que cette dépendance reste présente, la Mongolie ne décidera jamais tout seul de son destin.

 En tout cas, dans ce jungle impitoyable, aucun géant mondial propose d’investir dans l’infrastructure économique de la Mongolie, tout le monde propose un investissement dans l’exportation des matières premières à l’état brut. Aujourd’hui le gouvernement mongol doit gérer d’un côté les exigences de ses voisins et des autres enseignes mondiales qui sont capables de tout corrompre et d’autre part, la montée de la colère de ses habitants qui voient se dégrader l’environnement demeuré sauvage depuis la nuit des temps.  Il est en effet vrai que les géants mondiaux des grandes puissances mondiales soutenues par les gouvernements respectifs ont décidé de commercialiser la Mongolie de façon intense. La Mongolie va-t-elle devenir une deuxième Afrique ? Est ce que les mêmes méthodes employés par les financiers internationaux puissants sont déjà là pour corrompre ses dirigeants et exploiter le pays ?

Comment les mongols qui se trouvent à un moment crucial de l'histoire, peuvent sauver leur pays face à ces géants ? Seule une réflexion juste et correcte nous sauvera. Bientôt les élections. Il ne faut surtout pas que nous votions pour les partis politiques habituels déjà corrompus et divisés qui promettent un second Dubai, mais il faut que nous écoutions mieux nos éleveurs nomades qui ont toujours été nos valeurs sûres d’autant plus qu’à ma grande fierté, les militants et les intellectuels irréductibles résistent encore dans les rues d’Oulanbator.

Combien de temps va durer ce monde où les habitants des pays riches se sentent coupables en ayant l’impression d’avoir pillé les pays pauvres, où les habitants des pays pauvres sont abandonnés dans la misère avec l’impression d’être trahi par les grandes « démocraties » ? En réalité, nous sommes tous victimes des organisations financières mondiales extrêmement puissantes dont le seul objectif est la rentabilité. On n’est pas prêt à changer ce monde, mais on peut y songer ?

Chimegmaa Orsoo, docteur en sciences politiques

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